Au long des peupliers

Autor : Mihai Eminescu - Fr

Au long des peupliers en vain
Je suis souvent passé,
Me connaissaient tous les voisins-
Mais tu m’as ignoré.

Vers ta fenêtre qui brillait
Je regardais épris
Quand tout un monde comprenait-
Tu ne m’as pas compris.

Combien de fois, mon grand amour
Réponse a attendu!
Si tu m’avais donné un jour,
Heureux m’aurais rendu;

Si l’on avait été amis
Dans notre tendre ardeur
En écoutant ta bouche ainsi,
Une heure et que je moure.

Si tes yeux m’avaient donné
Rien qu’un seul rayon,
Une autre étoile aurait brûlé
Devant les horizons.

Tn eusses vécu à jamais
Au long des temps, des vies
Avec tes bras prenant l’aspect
Du marbre froid exquis;

Image toujours adorée,
N’ayant plus de pareilles
Les fées qui viennent des contrées
Où naissent les merveilles.

Aux yeux païens je t’aimais tant
Aux yeux si lourds de peine
Que me laissèrent les parents,
Ma race très ancienne.

Aujourd’hui je ne regrette
Que moins souvent j’y passe,
Qu’en vain se pencbe encor la tête
Pour me revoir, hélas !

Car tu ressembles maintenant
Aux autres dans ton port,
Je te regarde indifférent
De l’oeil glacé de mort.

Mais tu devais t’abandonner
A ce profond mystère,
Et sous l’icône rallumer
Bougie d’amour sur terre.

Texte sur une pierre

Autor : Nichita Stanescu - Fr

Animal sans Dieu réduit à soi-même
Pelotonné contre son centre unique
couvert à jamais des herbes étrangères
semées de la bise attique.

Je m’efforce de comprendre, joindre à mon être
ce moi-même, ce blessé habitant le tympan
cuivré et secret
où les mods se reposent à l’abri de l’an.

Je ne peux m’approcher et je vois l’impossible:
je suds tout dehors
… Pierre, ton museau et tes dents rendent visible
la morsure de tes coeurs.

Une après-midi d’automne

Autor : Nichita Stanescu - Fr

Je pousse l’air, j’écarte de la main
cet air bizarre et m’y fraie chemin
je laisse ce coeur étrange à moi-même
en guise de paie parmi les monnaies
et je m’en vais.
Je pars en me rassemblant tout dans les yeux,
à ne plus en pouvoir fermer les paupières
de sorte que tout autour de moi
n’est plus qu’un souvenir
dessiné sur les trottoirs par des enfants.
Je cours à perdre haleine en m’appuyant
à la balustrade et à la place du coeur
j’entends battre les murs, les tuyaux, les fenêtres
les ampoules.
J’entends monter derrière moi
la boite de l’ascenseur qui emporte
crayons, lettres, bouclier
sabre, heaume.
Je fais halte devant une porte ouverte
qui avance en flottant telle l’auréole
d’un saint.
Mon baisemain, mes hommages, notre amour
Comment allez-vous?
Mais elle riait parce qu’elle
n’était plus depuis bien longtemps
à la maison.

Évocation

Autor : Nichita Stanescu - Fr

Elle était belle comme l’ombre d’une idée.
Ses épaules sentaient la peau fraîche d une enfant;
à une pierre elle semblait – vite brisée,
au cri elle paraissait – une langue morte.
Elle n’avait pas de poids comme le halètement.
Souriante – larmoyante aux grandes larmes, rares –
elle était salée comme le sel poudroyant
consacré aux festins par les vieux barbares.
Elle était belle comme l’ombre d’une pensée.
Entre les eaux, elle était à elle seule, la terre affamée.

Sommeil

Autor : Nichita Stanescu - Fr

Je n’arrive plus à dorrnir avec toi
tant de malheureuse veille
tant d’insomnie, mon lit, mon voisin,
me chante à l’oreille

Quelle chanson?
Nausée de pierre enceinte
de soleil dans le ventre aux rayons qui y creusent,
de pensée vitreuse.

Mais je me souviens, oui, grâce à ma mémoire
les ères impériales à envier
quand les mugissements des taureaux rendaient grosses
les femmes de la câté.

Nichita Stanescu – Fr – Lista Opere

Autor : Nichita Stanescu - Fr


Le papillon

Autor : George Toparceanu - Fr

Je fis un voeu tendre :
Je cueillerai la fleur
Où il va descendre,
Pour guérir mon coeur.

Il vole, il hésite,
il monte, il descend –
Puis pose un instant,
Sur ta main petite,
Son vol inconstant.

O, la belle offrande,
La petite fleur !
Je te la demande
Pour guérir mon coeur.

Le lointain

Autor : Nichita Stanescu - Fr

Le lointain devient une roue aux dents
enlaçant le fuseau de mystère: mon ouïe
qui tout en tournant ronge lentement
d’un dieu pas encore né son esprit engourdi.
Il attend ce dieu qu’il soit emboîté
à la Terre qui s’envole à vitesse bleu marine
emportant en guise de vivres une trace
au coeur arraché: c’est le nôtre
Il bat, on l’entend, il bat, on l’entend,
sphère croissant à crever sous la voûte divine.
Les routes dégoulinent de larmes.
La mémoire s’est évanouie, élastique
fronde à pierres, invisible gondole
sur les eaux des Venises d’en face
dent arrachée à la corde de son alvéole
en bas, l’orbite du Vésuve. Et toi tu existes.

O reste

Autor : Mihai Eminescu - Fr

«0 reste, reste pres de moi
Puisque je t’aime tellement !
Moi seule je sais ecouter
Tes nostalgies, desirs ardents;

Dans l’obscurite de mes ombres
A un prince je te compare,
Qui regarde aux trefonds des eaux
Avec ses yeux sages et noirs:

Et par les vagues qui mugissent,
Par les ondes de l’herbe antiere
Je te fais entendre en secret
La marche des troupeaux de cerfs;

Je te voi ravi par le charme
Murmurer de ta douce voix,
Pendant que tu tends le pied nu
Dans l’eau limpide au pur eclat

Et regardant sous clair de Iune
Vers le lac aux ardents rayons,
Tes anees semblent des instants,
Les instants siecles sembleront.»

Ainsi dit la calme foret,
Sa voutes sur moi balançant;
Mais je sifflais a son appel
Et je sortis au champ en riant.

Aujourd’hui si j’y revenais
Je ne la comprendrais plus guere…
Ah, mais où at-tu mon enfance,
Avec ta foret, ton mystere?

Les nonmots

Autor : Nichita Stanescu - Fr

Il m’a tendu une feuille telle une main à doigts
Moi je lui ai tendu une main telle une feuille à dents
Il m’a tendu une branche comme un bras
Telle une branche j’ai étiré le bras
Lui c’est penché vers moi avec le tronc
tel un lourd pomrnier
Moi j’ai baissé mon épaule comme un nouveau tronc,
j’entendais sa sève pousser
comme le sang.
Il entendait mon sang monter
lentement comme la sève.
Moi j’ai traversé son corps!
Lui, il a parcouru le mien.
Moi – je suis resté un arbre solitaire
Lui – un homme tout seul.

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